On imagine souvent que réaliser sa biographie répond à des besoins exprimés par des personnes plus âgées. On envisage davantage de mettre par écrit son parcours, sa vie quand on pense à transmettre à ses proches comme un héritage immatériel qu’on laisse. La biographie devient alors l’occasion de faire un bilan sur son existence, de la regarder avec distance, avec enthousiasme et parfois avec un peu de tristesse sur les erreurs qu’on a commises.
Des motivations spécifiques
Pourtant, il arrive que des clients assez jeunes choisissent de se lancer dans un projet d’écriture. Je pense à deux d’entre eux, deux femmes âgées de moins de 40 ans qui ont décidé de raconter une tranche de vie qui les a bouleversées. Les motivations sont de garder trace d’une étape avant que les souvenirs s’effacent et que le quotidien nous entraine dans son mouvement, mais également de mettre ses propres mots sur une expérience marquante de notre histoire, de donner à voir et d’expliquer ce qu’on a vécu et les décisions que l’on a prises.
L’une de mes narratrices avait accompagné sa fille alors qu’elle était bébé et secouée par des épisodes d’épilepsie qui l’empêchaient de grandir. Heureusement, la médecine a réussi à la guérir. L’enfant est devenue une adolescente qui s’est élancée dans la vie et a commencé à faire des choix sur son orientation, en construisant son identité. Mais elle n’avait pas connaissance de cet épisode qui l’avait fragilisée lors de ses premiers mois. La maman a décidé de le lui raconter : le diagnostic, le pronostic, les soins, l’attente, le désespoir avant enfin la guérison. Les hauts, les bas, les impacts sur la famille, l’investissement d’une maman dans un quotidien rythmé par la maladie. Autant de moments vécus, de souvenirs qui ont eu des conséquences sur leurs vies et celles de leurs proches. Et aujourd’hui, des traces qui ne s’effacent pas et qu’il faut expliquer.
À 36 ans, une autre narratrice a eu besoin de partager son parcours. Arrivée d’Angola en France à 17 ans, elle a affronté seule la découverte d’un pays différent. Une histoire extraordinaire qui raconte le déracinement, la reconstruction d’un environnement social, l’acquisition d’une nouvelle langue, l’énergie quotidienne à déployer pour s’en sortir. L’idée de partager sa vie rencontre celle de comprendre un fait de société, celui des mineurs isolés. Le récit de ma cliente illustre les conditions qui mènent à l’exil, les rouages administratifs impénétrables, la précarité qui en découle, un récit qui mériterait d’être lu au-delà du cercle familial et amical.
Les avantages à écrire sa biographie quand on est jeune
Faire le choix d’écrire son histoire en étant plus jeune a des impacts sur la réalisation de la biographie. Un des avantages réside dans le fait que les souvenirs sont encore frais, et plus nombreux, les émotions assez récentes. Le récit en ressort plus incarné. La structure du texte se construit différemment puisqu’il n’évoque qu’une tranche de vie et non 75 ans d’existence. Il se concentre sur une période particulièrement riche qui a apporté son lot d’expériences et d’anecdotes. Enfin, le temps de la réalisation peut être plus long, au gré des disponibilités d’un narrateur souvent actif, avec des horaires de travail qui limitent les heures qu’il peut dédier à ce projet, pour les entretiens comme pour les relectures. Mais un rythme plus lent favorise aussi parfois la remémoration.
Écrire son histoire quand on est encore jeune est un choix, ou dans certains cas répond à un sentiment d’urgence, à un besoin pressant, comme un outil pour continuer d’avancer et pouvoir se projeter à nouveau dans le futur.
