Accueillir les émotions

soutien au narrateur lorsque des émotions surviennent pendant les entretiens biographiques

Revisiter son histoire quand on choisit d’écrire sa biographie provoque la survenue d’émotions. Comment les accueillir ?

Pourquoi organiser un atelier d’écriture dans une école ?

À l’origine des ateliers, une démarche sociale  Trois bailleurs sociaux (Lyon Métropole Habitat, Alliade Habitat et Batigère Rhône-Alpes) ont souhaité participer à la lutte contre l’isolement des personnes âgées dans le cadre de leur politique sociale. Ils ont réfléchi et financé la mise place d’une correspondance entre des élèves de primaire et des locataires de plus de 60 ans à Saint-Fons. Pour ce faire, j’ai contacté les écoles du territoire, six classes se sont portées volontaires pour participer à ce projet. Avec les enseignants, j’ai organisé des ateliers d’écriture sur le thème des cartes postales. Les bailleurs nous ont mis à disposition des cartes reprenant des illustrations créées par Julie Rébéré et ont géré l’affranchissement.  L’organisation de l’atelier d’écriture en classe  Les enfants de classes de CP, CE2 et CM2 ont été invités à écrire une carte postale à une personne qu’ils ne connaissaient pas. Il a tout d’abord fallu présenter l’objet carte postale, ses illustrations (photo, dessin, texte), le timbre, la zone où on renseigne l’adresse du destinataire et la zone dédiée à l’écriture de notre message. Beaucoup d’enfants ne connaissaient pas, n’en avaient jamais écrit, n’en avaient jamais reçu. Ensuite, nous avons travaillé ensemble sur le texte que nous allions écrire. En leur posant des questions, je les ai aiguillés dans leur réflexion et les premières propositions sont arrivées. Je les ai écrites au tableau pour en garder trace. Lors d’une deuxième séance, les élèves se sont mis en binôme et ont repris les idées que nous avions trouvées collectivement. Ils ont choisi celles qui leur parlaient davantage puis les ont formulées au brouillon, sur une ardoise pour pouvoir effacer et recommencer. Quand leur texte a été finalisé, l’enseignant et moi-même avons fait le tour pour vérifier s’il y avait des fautes et avons invité les élèves à les corriger. Ils ont ensuite pris le temps de recopier le texte proprement au verso de la carte. S’en sont suivies l’attente et l’incertitude. Allaient-ils recevoir une réponse ? Chacun a exprimé par ses mots sa sensibilité conscient de créer une passerelle avec quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Nous avions pris soin d’expliquer que dans tous les cas, leur geste était un cadeau qui ferait plaisir à celui ou celle qui le recevrait. Qu’apporte un atelier d’écriture aux élèves de primaire ? Les enseignants ont remarqué que le travail en binôme avait favorisé l’autonomie et la complémentarité entre les élèves. Une certaine émulation a permis l’écriture de messages à la fois spontanés et pertinents. La réalisation d’un exercice d’écriture qui sort de l’ordinaire a favorisé la créativité tout en donnant envie à l’enfant de travailler sans s’en rendre compte. Mon intervention, celle d’une personne extérieure à leur classe, donnait à penser que ce n’étaient pas vraiment des apprentissages, mais plutôt un jeu. Les élèves ont pris soin de s’appliquer, faisant ainsi preuve d’une grande générosité. Une belle expérience qui a répondu aux objectifs de toutes les parties prenantes.

Raconter son histoire quand on a moins de 40 ans

On imagine souvent que réaliser sa biographie répond à des besoins exprimés par des personnes plus âgées. On envisage davantage de mettre par écrit son parcours, sa vie quand on pense à transmettre à ses proches comme un héritage immatériel qu’on laisse. La biographie devient alors l’occasion de faire un bilan sur son existence, de la regarder avec distance, avec enthousiasme et parfois avec un peu de tristesse sur les erreurs qu’on a commises. Des motivations spécifiques Pourtant, il arrive que des clients assez jeunes choisissent de se lancer dans un projet d’écriture. Je pense à deux d’entre eux, deux femmes âgées de moins de 40 ans qui ont décidé de raconter une tranche de vie qui les a bouleversées. Les motivations sont de garder trace d’une étape avant que les souvenirs s’effacent et que le quotidien nous entraine dans son mouvement, mais également de mettre ses propres mots sur une expérience marquante de notre histoire, de donner à voir et d’expliquer ce qu’on a vécu et les décisions que l’on a prises. L’une de mes narratrices avait accompagné sa fille alors qu’elle était bébé et secouée par des épisodes d’épilepsie qui l’empêchaient de grandir. Heureusement, la médecine a réussi à la guérir. L’enfant est devenue une adolescente qui s’est élancée dans la vie et a commencé à faire des choix sur son orientation, en construisant son identité. Mais elle n’avait pas connaissance de cet épisode qui l’avait fragilisée lors de ses premiers mois. La maman a décidé de le lui raconter : le diagnostic, le pronostic, les soins, l’attente, le désespoir avant enfin la guérison. Les hauts, les bas, les impacts sur la famille, l’investissement d’une maman dans un quotidien rythmé par la maladie. Autant de moments vécus, de souvenirs qui ont eu des conséquences sur leurs vies et celles de leurs proches. Et aujourd’hui, des traces qui ne s’effacent pas et qu’il faut expliquer. À 36 ans, une autre narratrice a eu besoin de partager son parcours. Arrivée d’Angola en France à 17 ans, elle a affronté seule la découverte d’un pays différent. Une histoire extraordinaire qui raconte le déracinement, la reconstruction d’un environnement social, l’acquisition d’une nouvelle langue, l’énergie quotidienne à déployer pour s’en sortir. L’idée de partager sa vie rencontre celle de comprendre un fait de société, celui des mineurs isolés. Le récit de ma cliente illustre les conditions qui mènent à l’exil, les rouages administratifs impénétrables, la précarité qui en découle, un récit qui mériterait d’être lu au-delà du cercle familial et amical.  Les avantages à écrire sa biographie quand on est jeune Faire le choix d’écrire son histoire en étant plus jeune a des impacts sur la réalisation de la biographie. Un des avantages réside dans le fait que les souvenirs sont encore frais, et plus nombreux, les émotions assez récentes. Le récit en ressort plus incarné. La structure du texte se construit différemment puisqu’il n’évoque qu’une tranche de vie et non 75 ans d’existence. Il se concentre sur une période particulièrement riche qui a apporté son lot d’expériences et d’anecdotes. Enfin, le temps de la réalisation peut être plus long, au gré des disponibilités d’un narrateur souvent actif, avec des horaires de travail qui limitent les heures qu’il peut dédier à ce projet, pour les entretiens comme pour les relectures. Mais un rythme plus lent favorise aussi parfois la remémoration.  Écrire son histoire quand on est encore jeune est un choix, ou dans certains cas répond à un sentiment d’urgence, à un besoin pressant, comme un outil pour continuer d’avancer et pouvoir se projeter à nouveau dans le futur.

Comment valoriser des témoignages d’habitants

Organiser une exposition et créer un recueil Les animations que j’organise appelées Parlons de vous sont autant de moments riches en échanges et en partages. Chaque participant écoute son voisin parler de ses différentes expériences. Parfois, les avis divergent, les souvenirs d’événements historiques ne sont pas les mêmes. Mais chacun repart enrichi du témoignage des autres, et en ayant vécu un moment agréable. Pour que ces échanges demeurent, il est possible de les conserver sous forme de verbatim par exemple, que j’écris à partir de l’enregistrement des séances. Les écrits sont ensuite diffusés aux participants et vivent une seconde vie avec les proches des participants qui en prennent connaissance. On obtient grâce à ces moments partagés, à ces discussions, une matière qui peut être à nouveau mise en valeur. Les paroles témoignent d’une époque, d’une société qui a évolué, des origines de chacun, des chemins parcourus. Ils donnent aussi à voir la vie d’un territoire, d’un quartier, d’une ville. Plusieurs possibilités sont envisageables. À Saint-Fons, les bailleurs sociaux Lyon Métropole Habitat, Alliade Habitat et Batigère Rhône-Alpes ont choisi deux solutions : la réalisation d’un recueil illustré sous une forme poétique et une exposition itinérante. Le recueil a été constitué à partir des verbatims qui ont fait l’objet d’une sélection avec les participants. Ces citations ont ensuite été organisées par thème et ont été illustrées par Julie Rébéré. Et le résultat a été bluffant, un bel objet dont la lecture nous transporte dans un autre espace-temps. Les bailleurs ont distribué le livre aux participants et aux partenaires. Il vit maintenant sa propre vie auprès de ceux qui souhaitent le partager. En parallèle, une quinzaine de panneaux a été créée, mettant en exergue des citations et des illustrations. Ils ont été exposés dans une des résidences Vill’Age de Lyon Métropole Habitat à Saint-Fons. Une inauguration a permis aux participants de retrouver leurs mots, de partager à nouveau des souvenirs et d’être mis en valeur à travers leurs expériences et leurs récits. Cette exposition partira ensuite orner d’autres murs et inviter d’autres personnes à la réflexion. Ces pépites de sagesse vont continuer à éclairer les vies d’autres témoins au détour d’un regard, d’un moment suspendu. Ce qui compte c’est le partage et la transmission. Créer un recueil et une exposition contribue à faire perdurer la mémoire individuelle qui se perd si on n’y prend garde.

Prairial, l’engagement près de chez soi

Photo du commerce Prairial

C’est un client pas comme un autre, même s’ils sont tous uniques, que cette épicerie bio et vrac la plus ancienne de France installée à Vaulx-en-Velin (69). Elle fête ses 50 ans et j’interviens dans la réalisation de son livre anniversaire. Pour écrire ce livre, je travaille en collaboration avec une autre biographe, Céline Dormoy, également photographe. Nous rencontrons une dizaine de personnes qui égayent l’histoire de Prairial. Je découvre une constellation de clients, de fournisseurs, de salariés, qui se regroupent autour d’un modèle de société. À chaque fois, j’écoute ces personnes me parler de leur métier, de leurs convictions, de leurs habitudes quotidiennes. À chaque fois, je me réjouis d’être au contact d’autant de personnes engagées dans des valeurs qui me sont proches. Un exemple, Louis a créé un café restaurant à Lyon 7e. Il m’explique sa volonté de développer une offre alliant respect des clients, des salariés tout en préparant des plats avec des produits du circuit-court. Chez lui, le coca vient de Savoie, et les légumes du plateau de Rillieux-la-Pape. Et Prairial fait partie de ses fournisseurs pour les produits secs essentiellement. Louis a réfléchi à chaque étape de son projet, vise une cohérence entre ses valeurs et ses actions, sans chercher à être dans l’exemplarité. Et ça marche. Un autre exemple, Christian et Martine, deux paysans-boulangers, de la Ferme de Quinte dans l’Ain. Ils sont désormais au sein d’un GAEC avec leur fils qui les a rejoint dans la danse. Martine a la passion du pain mais constate que la spéculation sur la farine de blé vient choquer sa conception du commerce. Christian devient paysan sur le tard pour maitriser toute la chaine de fabrication en produisant leur propre blé et autres graines. Prairial est un de leurs points de vente. Et ça marche. Ce projet de livre souligne encore une fois, le privilège d’être à l’écoute des personnes, quelles qu’elles soient. À leurs côtés, j’apprends et je m’éveille. #témoignage #livreanniversaire #biographieentreprise

Extrait

Image d'un kiosque

En 1960, j’obtins un certificat d’aptitude professionnelle (C.A.P) de dessinateur industriel, et un brevet d’enseignement industriel (B.E.I) d’ajusteur-mécanicien. Je quittai le collège à dix-huit ans, fort de mes diplômes, prêt pour la vie active. J’ambitionnais le métier de dessinateur industriel, la blouse m’attirant plus que le bleu de travail. Je décrochai toutefois, mon premier emploi d’ouvrier spécialisé traceur à la chaudronnerie M, à Valence. Mes velléités de dessinateur se heurtaient à mon manque d’expérience et à un fait indéniable, l’armée ne m’avait pas encore appelé pour le service militaire. Dès mon entrée dans l’entreprise, je négociai avec le directeur pour évoluer comme dessinateur dans un délai d’un an, ce qu’il accepta. Habitant chez mes parents à Portes-lès-Valence, je parcourais le trajet à vélo au quotidien. Mon père me prêtait le sien. Il était doté de pédales japonaises qui avaient le mauvais goût de toucher le sol et de provoquer de belles chutes. Je démarrais le matin à six heures. Dix kilomètres aller-retour, dont une grande partie sur la piste cyclable qui longeait la Nationale 7, quelle que soit la météo. Sans parler des bouchons l’été, au moment des départs en vacances. L’un des salariés de l’entreprise venait au travail également à vélo mais il me doublait systématiquement. Et pour cause, il s’agissait de Guy P., le coureur cycliste semi-professionnel. La vallée du Rhône et son mistral… Sa force me déséquilibrait, me freinait, chaque fois que je devais l’affronter. Une fois, la puissance du vent fut telle que, même en poussant debout sur mes pédales, je ne parvins pas à avancer. Découragé, je m’apprêtais à poser le pied au sol lorsque mon collègue arriva. Il m’invita à me coller dans sa roue et m’ouvrit la voie jusqu’à la chaudronnerie. Aux beaux jours, la route bordée de platanes, le parcours me plaisait, mais la prudence restait de mise à côtoyer les voitures, les camions, l’autoroute n’étant alors qu’un projet. Une autre fois, j’entendis un énorme bruit puis une masse noire frôla mon pneu avant, et finit sa chevauchée dans le fossé. Un poids lourd venait de perdre sa roue. À un cheveu d’ange près, je mourrais. Sur la bâche, j’eus le temps de lire le nom du transporteur basé à Romans-sur-Isère. Je le joignis par téléphone et lui racontai l’anecdote avec force détails. Je finis la conversation en lui précisant le lieu où sa roue l’attendait. Il me remercia en me faisant parvenir cinquante francs. À la chaudronnerie M., je retrouvais mon ami G. et le saluais tous les matins. Il avait été embauché à la soudure des chauffe-eaux. Pour ma part, sous mes yeux défilaient tous les jours, de grandes feuilles de tôle, épaisses de dix millimètres, si lourdes et si encombrantes que les hommes s’adjoignaient la force d’un pont-roulant. Ces tôles servaient à réaliser des cuves pour le stockage du pétrole, des conduites forcées… Plus techniques, les culottes trapézoïdales, celles qui assuraient la continuité entre deux tuyaux de diamètres différents ou pour alimenter des turbines. Je traçais à l’aide d’un cordeau, d’un pointeau, d’un marteau. Je tapais sur le pointeau jusqu’à voir apparaître la forme désirée. « Ta ta ta ta ta, ta ta ta ta ta ». Un nombre incalculable de fois, à une cadence régulière. La chaudronnerie retentissait de cette musique mécanique qui résonne encore entre mes oreilles. À chaque coup de marteau malencontreux, mon doigt subissait. Sur une plaie à peine cicatrisée de la précédente frappe s’ouvrait une nouvelle. J’en conserve encore aujourd’hui, les stigmates sur l’index de ma main gauche. Les tôles étaient ensuite découpées avec une oxycoupeuse à chalumeau puis cintrées. Elles finissaient soudées soit à l’atelier, soit sur le lieu de livraison, en fonction des conditions de transport de la pièce finie. Dès l’année écoulée, le directeur me vit arriver dans son bureau pour évoquer mon évolution. Refusée ! Sous prétexte que l’armée ne m’avait pas encore appelé. Déçu, sans me démonter du haut de mes vingt ans, je signifiai en conséquence que je me mettais en recherche d’un autre emploi. #biographie #témoignage #Drôme #écriture

Extrait

Extrait d'un enregistrement

Grâce au Sabril que nous administrons depuis six semaines à J., nous mesurons une nette amélioration. La fréquence des crises s’amenuise, mais les attaques continuent, nous laissant à chaque fois plus démunis. Les tracés des E.E.G., qui se succèdent tous les quinze jours, restent anormaux. Le cerveau de J. souffre systématiquement. Le 22 mars 2007, le docteur D propose un nouveau protocole à base d’hydrocortisone, une hormone proche de la cortisone naturelle. Il se montre optimiste et encourageant. Mais ma peur persiste. A-t-il la même attitude avec tous ses patients ? Que pense-t-il sincèrement quant à l’issue de ce syndrome pour J. ? La cortisone doit absolument agir au bout de quatre jours et stopper les crises. Dans le cas contraire, l’espoir d’une vie normale pour J. se sera encore éloigné. Dès le lendemain matin, je m’applique à mettre six pilules dans la compote, et autant le soir, soit douze comprimés, pour une prescription de cent vingt milligrammes par jour. Ce traitement pèse exceptionnellement lourd pour son petit gabarit d’un peu moins de huit kilogrammes. Son organisme s’efforce d’assimiler une dose supérieure à celle d’un adulte. Les effets secondaires, multiples et conséquents, peuvent aussi apparaître. À compter de ce jour, nous devons surveiller au quotidien sa tension artérielle et son poids. Petit à petit, son corps se retrouve déformé par la rétention d’eau malgré un régime alimentaire très strict et sans sel. Sur les photos, les joues de J. semblent disproportionnées. La cortisone entraîne une fatigue importante. Son comportement est affecté. Elle devient particulièrement excitée, irritable, impatiente et connait pour la première fois des troubles du sommeil. Les deux premiers jours, les crises se succèdent, inexorablement. Nous ne mesurons aucun effet de la cortisone. Nous comptabilisons, chronométrons, notons dans le calendrier tel le personnel soignant le plus attentif et discipliné. À chaque fois, mon regard se perd sur ce relevé, synonyme de répétition, d’inefficacité du traitement. L’avoir sous les yeux me terrifie. Autant de moments de doute et d’espoir. Les crises persistent encore et toujours. J. souffre encore et toujours. Nous anticipons le pire. Notre fille est condamnée. Cela ne s’arrêtera jamais. Autant s’y préparer. Le troisième jour restera à jamais marqué dans ma mémoire. Je suis dans ma chambre, assise sur mon lit, J dans les bras. Une crise surgit. Comme à chaque fois, je prends de plein fouet cette terrible impuissance. Je ne peux rien faire sinon la serrer fort et attendre, attendre que cela cesse. Cette crise est terrifiante et pourtant, incroyablement belle et puissante. Je ressens à cet instant une sincère et profonde acceptation d’un éventuel handicap lourd et certain pour ma fille. Mais je suis en paix. Les trois minutes les plus puissantes et les plus marquantes de ma vie jusqu’à maintenant.Le quatrième jour, un jour comme un autre. La météo ? Je ne sais pas. Tout m’indiffère à part J.. Je suis suspendue à cet espoir fou que le cauchemar puisse s’arrêter. Les gestes du quotidien prennent le pouvoir et égrènent le temps. Heureusement. L’angoisse semble perpétuelle et pourtant, la journée se déroule, sans crise. Le lendemain, nous vivons un peu moins en apnée. Serait-ce envisageable ? Pouvons-nous oser croire ? Espérer ? Non. La terreur règne, installée, dans chaque fait et geste de J., dans chaque respiration. Ressent-elle notre angoisse ? L’enjeu de ces minutes qui défilent et promettent sans le dire, une possibilité de guérison ? Notre petite fille, notre trésor du haut de ses huit mois. Au soir du cinquième jour, J. n’a pas refait de crise. Elle n’en fera plus jamais. #biographie #maladie #témoignage

De l’avantage de se retrouver #Biographicus

Photo des membres de Biographicus

Le 2 avril dernier, j’ai pris ma voiture, affronté la neige pour arriver à Saint-Martin-en-Haut dans les Monts du Lyonnais et retrouver des collègues biographes. Au menu un week-end de partage, de réflexion, d’analyse de la pratique. Bref, ce fut vivifiant. Pendant deux jours, nous nous sommes écoutés parler, chacun, de démarches commerciales, d’écriture libératoire, de techniques d’écriture, d’organisation des entretiens, des étapes de la réalisation d’une biographie. Nous avons tous apporté nos expériences, nos doutes, nos questionnements, nos attentes. L’exigence professionnelle était omniprésente sans que jamais quelqu’un ne se prenne au sérieux. J’ai pu donner et recevoir, auprès de personnes ressources que j’aurais plaisir à revoir. Je suis ressortie étayée pour continuer ce métier passion qu’est d’être écrivaine-biographe, enrichie des conseils de mes confrères et consoeurs, et inspirée pour continuer. @Biographicus #Biographicus #biographe #écriture #réseauprofessionnel Bienvenue sur le site de l’association Biographicus !  

Ma cliente, cette héroïne

Image de mains de deux personnes

J’ai rencontré Sandrine à la Maison du répit à Tassin-la-demi-Lune dans le cadre de la journée nationale des aidants. Elle s’est présentée à moi, timide, gênée puis nous avons commencé à échanger sur son projet de livre. En quelques mots elle a évoqué la maladie mentale de sa mère et son parcours médical. J’ai découvert la solitude de l’aidante qu’elle est, depuis son plus jeune âge. Une vie exceptionnelle, pour une biographie d’une personne simple, qui ne fait pas de vague, et dont le courage m’a laissé, souvent, sans voix. Nous nous sommes rencontrées six fois, chaque fois, une rare intensité, au plus près du vécu de la narratrice, au coeur des bouleversements du quotidien, au gré des replongées dans le chaos de sa maman. Sandrine m’a fait confiance sur l’écriture, a corrigé quand il le fallait, a complété avec ses propres mots, son propre style. Une fois le travail terminé, nous avons pris le temps de nous retrouver à une terrasse de café. Nous avons regardé toutes les deux, ce livre enfin achevé, une réalisation exceptionnelle pour ma cliente, grande lectrice, qui voyait son rêve se réaliser sous ses yeux. Le soleil était avec nous. Ce fut un moment d’accomplissement partagé. Je repense souvent à Sandrine, petite fourmi, héroïne du quotidien.

S’engager pour Biographicus

Photo de l'équipe Biographicus

Au mois de novembre 2023, lors du conseil d’administration qui suivait l’assemblée générale, je suis devenue présidente de Biographicus. C’est pour moi une chance, un honneur, une fierté et un travail. Cette nouvelle charge me permet de rencontrer les nouveaux adhérents, (et ils sont nombreux), de rester en contact avec d’autres biographes très régulièrement, ce qui me sort d’un certain isolement. C’est aussi enrichissant comme toute vie associative, avec des questions de gestion, de communication, et de projets et l’association n’en manque pas. Une vie collective où chacun apporte sa pierre à l’édifice, où les compétences s’aditionnent, et tout cela dans une vraie bonne humeur et une écoute réciproque. J’essaye de rester garante d’un état d’esprit, celui du partage. Et ce n’est pas difficile, tous les membres du bureau sont dans ce souci. Il faut dire aussi que les compétences habituelles des biographes nous permettent de belles collaborations : l’écoute, l’empathie, le respect des différences, le goût de l’écriture, autant de savoirs-être et de savoirs-faire que nous mobilisons dans nos relations dans nos différentes visio. Être présidente me permet d’être en action sur une autre activité que celle de la biographie et j’apprécie de diversifier ainsi mes heures de travail, tout en contribuant à un objectif collectif et partagé. photos de Céline DUMOY