Un chemin éclairé

Je viens d’achever une biographie et comme souvent, je garde en moi une empreinte, celle laissée par ma cliente. Bien sûr, toute rencontre laisse une trace, plus ou moins vive, plus ou moins intéressante. Mais quand on rencontre un client ou une cliente plusieurs fois, qu’il ou elle nous raconte son histoire, c’est au-delà d’un seul échange, d’une seule conversation. Cette personne se livre pour transmettre à ses proches le plus souvent, rarement pour être éditée. En tant que biographe, j’accède à l’intime, à la sphère privée, aux ressorts tout personnels qui ont contribué au chemin d’une vie. Cette cliente, celle à qui je viens de dire au revoir, est particulièrement croyante. Toute sa vie a été habitée par la foi. Sa relation à Dieu constitue pour elle une richesse inégalée. Toutes les étapes, de la scolarité aux accouchements, des week-end à son engagement bénévole, ont été marquées par sa fidélité à la chrétienté. Dans son récit, elle a réaffirmé ses valeurs, malgré les accidents de la vie qui ne l’ont pas épargnée. Jamais elle n’a douté. Elle a souhaité donner à voir à ses petits-enfants le socle sur lequel elle avait grandi et comment elle l’avait renforcé tout au long de son existence. J’ai rencontré quelqu’un qui vit une foi joyeuse, enrichie de partage. Et moi, j’ai été heureuse d’écrire ce récit illuminé par une telle joie. Je garderai d’elle le souvenir d’un sourire rayonnant quand elle m’ouvrait la porte, la bouilloire posée sur la table pour le partage d’une tisane, la machine à coudre à proximité toujours sortie pour tous les travaux qu’elle réalise pour les autres. Je garderai aussi le souvenir du bonheur qu’elle ressent d’être croyante, et le sens que cela a donné à sa vie, la cohérence entre ses valeurs et ses actes, en perpétuel mouvement malgré les années qui passent. Et je trouve cela beau.
Fière je suis !

En tant que biographe, il me paraissait nécessaire de confirmer mon niveau d’écriture, côté orthographe, grammaire, syntaxe. Mes études de Lettres Modernes sont lointaines et il faut s’entrainer pour ne pas perdre son niveau. J’ai choisi de travailler en suivant une formation pour obtenir le Certificat Voltaire haut la main. Et ce fut le cas ! Je suis officiellement dans la catégorie des experts (plus de 900 points) de l’écriture grâce à mon score de 962 sur 1000 points. Un travail de fond pour assoir mes compétences et vous les proposer
Créer une capsule temporelle

Au premier semestre de cette année, la mairie de Vénissieux m’a sollicitée pour participer à la création d’une capsule temporelle. Mais quesako une capsule temporelle ?Il s’agit d’enfouir sous terre, dans les fondations d’un immeuble par exemple, une boite en métal capable de traverser des dizaines d’années, dans laquelle sont rangés des écrits, des dessins, des photos. La ville de Vénissieux profitait de la pose de la première pierre de la Maison des Mémoires pour créer ce projet en apportant une touche de transmission. La création de la boite en métal revenait aux services techniques de la ville, à moi de la remplir de témoignages des Vénissians. Ma mission s’est découpée en plusieurs étapes. Il a d’abord fallu rencontrer des partenaires de la ville pour leur présenter le projet et leur proposer de recevoir des ateliers d’écriture. Très rapidement, ils ont été partants, la démarche étant originale et intéressante à plus d’un titre. Elle permet de créer une démarche collective, de créer du lien entre des habitants, autour d’un travail d’écriture. Dans un second temps, j’ai animé des ateliers d’écriture en présence d’une dizaine de participants, dans des lieux prêtés par les partenaires ou par la ville. Je suis également allée à la rencontre d’habitants en pieds d’immeubles, pour leur présenter la démarche et les inviter à participer. À chaque fois, il s’agissait de créer un texte, dans lequel on témoignait de notre époque, quel que soit l’angle que l’on souhaite adopter : nos loisirs, notre quotidien, notre travail, notre famille, notre vie amoureuse… Comme dans une biographie, les sujets sont multiples et chaque fois révélateurs d’une personne, de sa vie, de son environnement, de ses ressentis, de ses réflexions. Lors d’un atelier, nous sommes partis de l’exemple de Georges Perec pour nous raconter à partir de « Je me souviens… », s’en suivaient les anecdotes ou les souvenirs de chacun. Dans un autre atelier, nous avons listé les objets que nous utilisons dans notre quotidien. Dans un autre, nous avons écrit une lettre à une personne que nous connaissons ou que nous avons connue, comme une bouteille à la mer, sachant que la personne ne la recevrait jamais, mais c’était toujours un moment partagé par la pensée. J’avais préparé des consignes simples, accessibles à tous, parfois j’écrivais à la place d’une personne qui me dictait dans l’oreille ce qu’elle voulait transmettre. Il s’agissait en effet encore une fois de transmission, comme dans la biographie, et d’un cadeau pour un autre, un inconnu. On donnait une part de nous-même, sans rien attendre en retour, juste un moment hors du temps, gratuit, qui mettait en perspective l’existence de chaque participant. De quoi avoir un peu le vertige, philosopher, et écrire, pour le plaisir d’écrire. Avec Anouck Patriarche, ma chère collègue d’Éléphant et Intentions, nous sommes allées à la rencontre d’écoliers, de maternelles, de CE1 et de CE2. Avec eux, nous avons écrit des lettres collectives remplies de pépites et de questions pour les gens du futur, le tout accompagné de dessins donnant à voir notre réalité actuelle à travers les regards des enfants. Une fois ces ateliers terminés, nous avons remis avec émotion le résultat de cette collecte dans les mains de notre commanditaire, conscientes de transmettre un trésor. Enfin, nous avons participé à la cérémonie, en présence des participants, des écoliers, des personnes intéressées par la démarche, par un beau soleil du mois de juin. Ce jour-là, une émotion particulière, un nouveau moment de partage, une ambiance poétique, et avec nous, par magie, les gens du futur, ceux qui prendront connaissance de ces écrits, des gens qui auront des références, des habitudes différentes, des gens qui recevront ces cadeaux et qui je suis sûre, seront également sensibles à cette démarche, celle d’une transmission hors du temps.
Une récolte mémorielle collective autour d’un espace naturel

Grâce à ma collègue Hélie Bécot, j’ai décroché un contrat avec le Conservatoire des Espaces naturels Rhône-Alpes, pour réaliser une récolte mémorielle autour d’un site naturel, les lônes de la Ferrande et de la Negria. Entre Ain, Isère et Rhône, il s’agit d’un lieu préservé d’une fréquentation excessive, situé entre Balan, Jons et Villette d’Anthon. Le Conservatoire, mandaté par la Région notamment, a pour mission de gérer des espaces naturels en conciliant les activités humaines et la préservation de la biodiversité. Il lui arrive d’intervenir un minimum, d’être en veille ou d’engager des travaux conséquents quand le site le demande. La lône de la Ferrande s’envase depuis quelques décennies. Si l’homme n’intervient pas, cette zone humide pourrait s’assécher jusqu’à disparaitre. Des études sont en cours pour définir le niveau d’intervention nécessaire, et ses éventuelles conséquences positives et négatives. Si la décision est prise, des engins pourraient arriver sur place pour retirer la vase. Mais cela ne manquerait pas d’interroger les habitants et les usagers. N’est-ce pas contradictoire d’utiliser des tracto-pelles quand on parle de préservation ? Le Conservatoire a décidé d’aller à la rencontre des habitants, des usagers pour échanger avec eux, et collecter leurs pratiques et leur mémoire des lieux. L’objectif est d’aboutir à un livre donnant à voir la diversité des usages, et la ressource que représente ce lieu dans l’esprit des gens. Et c’est là que j’interviens. J’ai proposé plusieurs possibilités pour aller à la rencontre des habitants : des entretiens individuels à leur domicile, des ateliers d’écriture avec des adultes et des enfants, des animations en extérieur sur place pour capter quelques paroles au vent. Cette mission va s’étirer sur près de 12 mois, ponctuée par des points réguliers avec les différents professionnels du CEN et des échanges avec le photographe missionné en parallèle. Une autre manière de travailler autour de la transmission de la mémoire, à l’échelle d’un territoire, par une approche collective qui me réjouit.